Je n'ai jamais rien dit, lorsque tu m'as frappé, Sans aucune raison, quand tu étais énervé, Tu avais tous les droits, j'étais à ton service, Je t'aimais sans compter, j'acceptais tous tes vices. Tu m'as mis à la chaîne, ou tu m'as enfermé, Tu m'as laissé des jours, sans boire et sans manger, J'ai dormi bien souvent, dans ma niche sans toit, Paralysé, raidi, tellement j'avais froid. Pourtant, si tu reviens, nous partirons ensemble, Nous franchirons en chœur, la porte qui ressemble, A celle d'une prison, que je ne veux plus voir, Et dans laquelle, hélas, j'ai broyé tant de noir. Voilà, mon rêve se termine, car je vois le gardien, Puis l'infirmière, et le vétérinaire plus loin, Ils entrent dans l'enclos, et leurs visages blêmes, En disent long pour nous, sur ce qu'ils nous amènent. Je suis heureux, tu vois, car dans quelques instants, Je vais tout oublier, et, comme il y a deux ans, Je m'endormais sur toi, mon cher et grand ami, Je dormirai toujours, grâce à ...l'euthanasie. Et s'il t'arrive un jour, de repenser à moi, Ne verse pas de larmes, ne te prends pas d'émoi, Pour toi, j'étais " qu'un chien ", tu préférais la mer, Tu l'aurais su avant, j'aurai payé moins cher. A vous tous les humains, j'adresse une prière, Me tuer tout petit, aurait peiné ma mère, Mais il eut mieux valu, pour moi, cette manière, Et vous n'auriez pas eu, aujourd'hui, à le faire.
Emile ZOLA a écrit le 24 mars 1896 dans le FIGARO
Pourquoi cette histoire me bouleverse ?
Pourquoi ne puis-je supporter l'idée qu'une bête souffre, au point de me relever la nuit, l'hiver, pour m'assurer que mon chat a bien sa tasse d'eau ? [..] Pour moi, je crois bien que ma charité pour les bêtes est faite de ce qu'elles ne peuvent parler, expliquer leurs besoins, indiquer leurs maux. Une créature qui souffre et qui n'a aucune moyen de nous faire entendre comment et pourquoi elle souffre, n'est ce pas affreux, n'est ce pas angoissant ?
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